Depuis ses débuts, le format audiovisuel unit le son à l’écran. Mais que se passe-t-il lorsque les composantes visuelles s’échappent de leur cadre traditionnel pour s’étendre à la scène, au public et à l’espace architectural?
Qu’il s’agisse de lasers qui fendent l’air tout en générant du son, ou d’instants spectrals où la lumière et la fumée brouillent la perception jusqu’à donner l’impression de soulever le voile du réel, ces cinq performances à découvrir cette année à MUTEK dépassent l’écran comme unique source visuelle et façonnent des univers où le public n’est plus simple spectateur, mais composante vivante de l’œuvre.
ELECTRONICOS FANTASTICOS!
ELECTRONICOS FANTASTICOS! ouvre les portes d’un univers cinétique où des appareils électroménagers usés retrouvent une seconde vie en tant qu’instruments de musique. Mené par Ei Wada d’Open Reel Ensemble, le collectif artistique japonais transforme ventilateurs sur pied, climatiseurs désaffectés, et plus en supports de son univers punk « électromagnétique », un mélange dansant de rythmes folk traditionnels et de glitchs new wave qui n’est pas sans rappeler LCD Soundsystem ou New Order.
Des écrans vacillants qui deviennent des percussions sous les doigts, des lecteurs de codes-barres générant des fréquences bourdonnantes et des téléviseurs à tube cathodique réincarnés en instruments inspirés du ukulélé se réunissent pour entraîner le public dans un voyage futuriste vers le passé, porté par une énergie électrisante et des détournements ludiques des usages conventionnels de la technologie.
Nelly-Eve Rajotte - Les arbres communiquent entre eux à 220 hertz
Les arbres communiquent entre eux à 220 hertz, la performance dome de Nelly-Eve Rajotte, plonge le public au cœur d’un paysage de forêt boréale où trône un arbre vivant.
Relié à un synthétiseur modulaire par des électrodes, l’arbre génère des sons en temps réel à partir de ses signaux bioélectriques, évoquant les textures et les rythmes naturels de la forêt. En parallèle, Rajotte compose un univers visuel immersif d’images forestières en mouvement, constituant une archive numérique tridimensionnelle qui explore de nouvelles formes de perception non humaine du vivant.
Portée par les fréquences imperceptibles des écosystèmes organiques, la performance invite le public dans un espace sensible entre spectralité et préservation, où il ne se contente plus de contempler le paysage, mais en devient partie prenante.
Super Galaxy Meow Meow - Reciprocity
Reciprocity de Super Galaxy Meow Meow pose une question simple mais intrigante : quel son émettrait un laser s'il pouvait parler ?
En inversant le schéma traditionnel selon lequel le son guide l'image, le duo crée une conversation en temps réel entre la lumière et le son, la lumière agissant comme catalyseur. Des motifs géométriques de lasers projetés au plafond alimentent et façonnent le son, qui est ensuite traité et transformé, modulant à son tour le système laser.
Alors que les artistes réagissent et improvisent en temps réel, le public est plongé dans un dialogue intense et impossible à reproduire, où la lumière devient un instrument d’écriture sonore et où le sens émerge à travers l’interconnexion, l’impermanence et la beauté d’une présence pleinement vécue.
Sara Persico & Mika Oki - Sphaîra
Avec Sphaîra, Sara Persico et Mika Oki transportent le public à l’intérieur des murs fantomatiques du dôme expérimental de Tripoli.
Des enregistrements de terrain captés lors du voyage de Persico au sein du dôme recréent son effet naturel de « murmure », tandis que la scénographie lumineuse dense d’Oki façonne une atmosphère vaporeuse où des images fractales et abstraites composent une danse hypnotique de formes et d’ombres.
Alors que la fumée, le son et les effets stroboscopiques envahissent l’espace, le public en vient à se demander si ce qu’il perçoit fait partie de la performance ou s’il s’agit d’une création de son propre système visuel, dans une œuvre sensorielle qui invite à un engagement sensoriel profond et à un voyage intérieur proche de la transe.
Violent Magic Orchestra
Se décrivant comme le « plus grand gang de stroboscopes au monde », Violent Magic Orchestra sème le chaos sur les pistes de danse aux quatre coins du globe avec leur fusion survoltée de black metal, de trance et de gabber.
Armé de machines à fumée, d’amplificateurs et de stroboscopes éclatants, le collectif japonais déchaîne un déluge total de visuels inspirés de la science-fiction, de voix rugueuses et de blast beats fulgurants avec une intensité étourdissante.
Les membres du groupe, arborant un maquillage évoquant des cadavres, sont connus pour plonger eux-mêmes tête première dans cette « death rave », prêts à guider les adeptes des mosh pits vers une libération collective portée par le bruit, traversée par des instants d’une beauté éthérée qui apportent une forme de clarté au cœur du chaos.
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