Certaines photos marquent les esprits par leur composition, d’autres par l’émotion brute qu’elles dégagent, et d’autres encore par les histoires qu’elles ne montrent pas.
Pour Vivien Gaumand, photographe de MUTEK, la magie réside dans le fait de laisser de côté toute attente pour laisser le moment s’imposer. Ci-dessous, il revient sur cette philosophie, ainsi que sur un moment particulièrement mémorable d’une édition passée, avant de repartir immortaliser une nouvelle édition.
Dialogue avec Vivien Gaumand
Comment décririez-vous votre style photographique ? Quelles influences ou approches nourrissent votre travail ?
J’ai commencé ma pratique par la photographie de rue, privilégiant une approche documentaire candide, avec un minimum d’intervention et une acceptation des imperfections, afin de tendre vers un récit visuel.
Par la suite, la documentation de festivals, de spectacles vivants et de plateaux de cinéma m’a permis d’approfondir cet intérêt pour la narration visuelle.

Comment conciliez-vous approche artistique et regard documentaire dans votre couverture photographique de MUTEK ?
Pour moi, démarche artistique et regard documentaire ne sont pas antagonistes : nous documentons le festival afin de témoigner de l'événement dans toutes ses facettes et de partager l'expérience vécue sur le terrain dans un souci à la fois de mémoire et d’outils de communication pour le festival.
La nature même de MUTEK favorise cette exploration artistique. Les performances audiovisuelles, les dispositifs scéniques et le dialogue entre le son et l'image offrent un terrain de jeu pour l'expérimentation photographique.

Quels types de moments vous attirent particulièrement ? Est-ce la composition, l’émotion, le timing, ou autre chose qui vous inspire à capturer une scène ?
Je pense qu’il s’agit d’un équilibre entre ces différents éléments, qui varie selon les situations, avec parfois une composante qui prend naturellement le dessus.
Au début de ma pratique, je cherchais beaucoup à prévisualiser les scènes et à les devancer. Aujourd’hui, j’essaie d’aborder la prise de vue avec davantage de relâchement.
Cette approche donne parfois lieu à des images au cadrage précis, mais elle me permet aussi de porter un regard différent sur certaines images que j’aurais autrefois écartées. Certaines finissent par s’imposer lors de l’édition, non pas pour leur perfection théorique, mais pour l’émotion ou la narration qu’elles suscitent.

Pouvez-vous partager l’histoire derrière ces photos ? Que se passait-il au moment où vous avez choisi de les prendre ?
J’aurais plutôt une anecdote à partager à propos de l’une des performances que j’ai eu la chance de documenter. Il s’agit de la prestation de Evian Christ en 2024, sur une scénographie d’Emmanuel Biard au Métropolis. Je ne savais absolument pas à quoi m’attendre.
Le dispositif scénographique était le suivant : Evian Christ se tenait devant trois panneaux constitués de lentilles - miroirs, sur lesquels étaient projetées trois sources lumineuses se réfléchissant dans l’ensemble du Métropolis. Pour accentuer cet effet et découper la silhouette du DJ, toute la salle était remplie de fumée. Enfin, au pied de la scène, je pouvais facilement compter une une vingtaine de lampes stroboscopiques accentuant l’ambiance vaporeuse et la silhouette.

Il faut savoir que lorsque l’on travaille dans un environnement saturé de fumée et de strobes, l’autofocus d’un appareil photo peut rapidement être mis en difficulté. On utilise alors souvent la rafale pour compenser ces contraintes. Sur certains appareils, le capteur d’image est lu ligne par ligne pour former l’image finale ; les éclairs des strobes peuvent alors perturber cette lecture et produire des artefacts. La prise de vue en rafale permet alors en partie de contourner ce problème.
Je me concentrais donc sur mon viseur, déclenchant en rafale pendant plusieurs secondes - les strobes en pleine face- afin d’obtenir une image satisfaisante… Au bout d’un moment, ma vision a commencé à s'altérer, puis… voile noir. Je me suis retrouvé dans le pit réservé aux photographes, face à la scène, sans plus rien voir pendant une dizaine de secondes.
C’est finalement grâce à l’agent de sécurité de la salle, qui m’a aidé à m’extirper du pit que j’ai pu retrouver mes esprits… et mes images.
Au final c’est une des images que je préfère depuis que je couvre MUTEK.
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